Le lobbying et la crise financière

r163146_600847_m.jpgDans une tribune publiée la semaine dernière dans le quotidien Les Echos, l’économiste Hélène Rey évoquait un travail de recherche mené par une équipe du FMI sur la responsabilité des lobbyistes dans la crise financière de 2008. Intitulé “A fistful of dollars : lobbying and the financial crisis” ce travail démontre que les firmes du secteur financier qui avaient le plus investi en dépenses de lobbying entre 2000 et 2006 étaient celles qui étaient les plus actives dans le domaine des prêts immobiliers de type subprimes et dans la titrisation des prêts les plus risqués. L’étude est certes sévère pour les lobbyistes de ces sociétés financières qui par leur action auraient freiné toute tentative de réglementer le secteur, accroissant la fragilité du monde de la finance. L’analyse est difficilement contestable. Elle est même cruelle pour ces sociétés qui ont investi d’importantes sommes en actions de lobbying entre 2000 et 2006 et qui ont été celles prenant le plus de risques avant la crise et offrant les plus mauvaises performances économiques après.

Mais en fait les questions doivent porter sur deux dimensions sur ce sujet : la moralité et la légitimité.
Dans une vision idéalisé, le lobbying, et plus largement les affaires publiques, sont vus comme un moyen de permettre un dialogue entre les décideurs politiques et des représentants de groupes d’intérêts afin que la production de normes, lois et réglements prenne en compte ces intérêts. Le lobbying est alors vu comme un élément participant à la vie démocratique en limitant la “dictature de la majorité”. Mais face à cette vision morale des affaires publiques, la réalité est plus dure. Les affaires publiques, comme le rappelle William D. Oberman dans un article publié dans le Journal of Public Affairs en Novembre 2008, sont avant tout un outil destiné à créer un avantage concurrentiel pour une organisation en utilisant pour cela l’opinion publique et la sphère politique. Et c’est bien ainsi que s’est conçu le rôle des lobbyistes qui ont accompagné les sociétés financières mentionnées dans le rapport des chercheurs du FMI évoqué précédemment.
Cela amène donc à s’interroger sur la légitimité de ces actions de lobbying. Dans ce même article, William D. Oberman rappelle que, dans une vision héritée de celle développée par Edith Penrose dans son livre “The Theory of the Growth of the Firm”, toute stratégie d’affaires publiques repose sur deux ressources : l’accès aux décideurs et la légitimité. Pour cette dernière elle signifie que les actions menées par l’organisation dans le champ des affaires publiques doivent respecter de manière explicite ou implicite le contrat social qui prévaut entre le monde des affaires et la société. Bien évidemment cette légitimité n’est pas une ressource figée. Or, si l’on en revient au cas de la crise des subprimes, le consensus qui existait plus ou moins en faveur de ces prêts immobiliers, tenait tant que le marché immobilier était en croissance. Le retournement lié à la crise change évidemment considérablement la donne notamment au niveau de l’opinion publique, et par rebond sur la sphère politique et le processus d’élaboration de la réglementation.

A l’image de l’étude du département Recherche du FMI il sera intéressant de se poser la question de la légitimité des actions de lobbying des sociétés financières en 2009. Car comme le mentionne Hélène Rey dans sa tribune, les dépenses de lobbying de ce secteur ont largement dépassé la moyenne observée ces dernières années. Avec 126 millions de dollars de dépenses déclarées au cours des trois premiers trimestres, on peut se demander si ces sommes sont destinées à reconquérir une réputation endommagée par la crise ou à éviter des contraintes réglementaires. Dans ce dernier cas, la question de la légitimité risque de se poser ultérieurement en des termes plus … violents.

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